"CLIENTE"
Un film de Josiane Balasko
avec Nathalie Baye
& Eric Caravaca
Octobre 2008 |
Cette comédie sentimentale a dû faire un détour par le roman pour être tournée. Dans un premier temps, Josiane Balasko s'est vu refuser tout financement pour ce scénario jugé choquant.
Il a fallu qu'elle passe par la littérature, édite son histoire chez Fayard, avec succès (200 000 exemplaires vendus), pour que des producteurs relèvent le défi.
Interview de Josiane Balasko:
MB :
Pourquoi revenir sur le sujet de votre
livre ?
JB :L’histoire était d’abord un scénario
devenu un livre. Je ne trouvais
pas de producteurs qui disaient le
sujet trop choquant. Il fallait absolument
que je traite ce film parce
que c’est un bon sujet. Aborder le
sujet d’une femme divorcée à la
cinquantaine qui est prête à payer
pour passer quelques moments
avec un homme, ça peut déranger.
Je voulais ce rôle, j’étais très intéressée
pour jouer ce personnage mais
lorsque Nathalie BAYE a lu le livre et
le scénario, elle ma dit : “Je suis la
Cliente !”. Alors, j’ai pris le rôle de
la soeur de Nathalie. Même si je n’ai
pas le physique de Nathalie dans le
rôle de Judith, elle nous aura apporté
autre chose dans ce film.
MB :
Vous ne pensez pas déranger, voire
choquer par cette histoire ?
JB : C’est possible. Lorsqu’un homme
agit ainsi, qu’il paye pour avoir une femme, ça ne choque pas, cela
a toujours existé. Mais lorsqu’une
femme met l’argent sur la table pour
se payer un homme, là, ça vient à
déranger les meurs.
Traiter ce sujet,
c’est comme dans “Gazon maudit”
dans les personnages de lesbiennes
pour un film de comédie. Ici, c’est
l’homme-objet à qui la femme fait
cette épouvantable “chose” ! C’est aussi un film sur la solitude, un film
sur l’abandon. Un phénomène de
société. Le personnage de Judith est
une femme seule aisée, intelligente,
qui privilégie sa carrière professionnelle
et qui ne recherche pas des
aventures. Elle veut des relations
suivies payées uniquement pour se
protéger de sa vie affective.
MB :Pourquoi avoir choisi son métier de “Téléachat” ?
JB : Justement, il fallait un film où
il y ait beaucoup d’argent. Judith
est productrice d’une émission de
téléachat qui rapporte énormément
d’argent. Elle “passe à la télé”
comme un produit, elle brasse beaucoup
d’argent. Pendant qu’elle perd
son temps à vouloir vendre alors
qu’elle achète pour avoir un mec
MB : Comment s’est fait le choix de l’acteur
Eric CARAVACA ?
JB : “Pour le rôle de Marco - Patrick,
il fallait un homme presque ordinaire.
Eric est un homme à la trentaine,
charmant, ce n’est pas un top-model.
Certains étudiants peuvent “faire
ça” par nécessité, pour arrondir leurs
fins de mois. C’est aussi une histoire
sur la relation affective. Marco est
marié,.il pourrait faire des choses
plus interdites, il vend son corps pour
faire vivre toute sa tribu et payer un
salon de coiffure à sa femme.
MB : Dans le film, la rencontre entre un jeune
prostitué et Marco est troublante ?
JB : Marco vient d’un monde où il
faut faire attention à chaque dépense
et navigue dans un monde d’abondance.
Cette rencontre lui fait prendre
conscience de la chance qu’il a d’avoir un toit, une famille et la régularité
de son travail. C’est pour cette
raison qu’il repart vers sa cliente.
MB : Vous a t-il fallu réadapter des scènes
au cinéma par rapport au livre ?
JB : Dans un livre, les images ne
parlent pas. Dans un roman, on peut
faire des sauts en alternance. Dans
un film c’est plus difficile. La fin est
différente aussi. Je n’avais pas envie
d’une “happy end”, on ne sait pas
vraiment comment ça finit, même si
certains pourront y voir une fin.
MB : Il apparaît des acteurs faisant partie
de votre famille dans le film ?
JB : Richard BERRY fait juste une
apparition. C’est un excellent acteur.
Il se passe quelque chose au moment
de la scène où il croise Judith
en compagnie du jeune homme
alors que lui a une vie bien installée
avec femme et enfant. Cette scène
nous montre bien qu’un homme à
la cinquantaine a moins de mal à
“refaire” sa vie, alors qu’une femme
au même âge, et qui de surcroît
n’a pas eu d’enfant, a peur d’être à
nouveau amoureuse. Le rôle de ma
fille Marilou est Karine dans le film,
celle qui passe son temps à filmer
pour déranger davantage sa famille,
comme les jeunes d’aujourd’hui
qui filment n’importe quoi même
dans la rue et à qui on donne trop
d’importance. Vous ne les voyez
jamais filmer n’importe quoi ces
gens-là, même avec leur petit portable
? Et puis, il y a les autres acteurs,
ma famille de coeur au cinéma.
MB : Pourquoi avoir choisi la chanson “Comme les Rois-Mages” ?
JB : Il fallait une chanson rythmée,
que l’on retienne et surtout elle dit :
“Je te suivrai, où tu iras j’irai...”
puisque sa soeur part avec l’homme
qu’elle aime.
MB : Pour vous, c’est plus facile d’être
actrice ou réalisatrice ?
JB : J’aime bien les deux, jouer et
diriger.
Martina Bernardi - Octobre 2008 |