Entretien avec
Vincent GARENQ
& Lambert WILSON
(Juin 2008)
"COMME
LES AUTRES"
Sortie au cinéma le
3/09/2008 |
Notre Interview :
MB : Vous avez rencontré des couples
homosexuels pour ce film
à partir de documentaires,
ces couples se livrent-ils facilement
?
VG : «J’ai rencontré bon nombre
de couples, de familles.
Paradoxalement, les histoires
les plus touchantes, les plus
émouvantes, c’était celles d’il
y a quelques années, quand
les gens n’assumaient pas
leur homosexualité. Il y a
seulement dix ans, il y a eu
des histoires avec des drames
familiaux. Aujourd’hui,
quelles que soient les histoires
d’amour, les gens d’une
manière générale, assument
leur sexualité. Globalement,
aujourd’hui, nous avons l’esprit
plus ouvert».
MB : Il existe des scènes dans le
film, sérieuses, émouvantes
voire bouleversantes.
Est-ce voulu que ces scènes
amènent à rire ?
VG : «malgré les situations,
j’ai tout d’abord voulu que ce
film soit drôle et touchant.
Mais avant tout, drôle pour
ne pas dramatiser le sujet
essentiel du film. Je ne veux
pas non plus qu’on se dise :
“Encore un film sur les homos”.
Il n’y a aucune scène
choquante dans le film. Le
seul acte d’amour est entre
un homme et une femme.
D’ailleurs, l’Actrice principale,
Pilar LOPEZ de AYALA
m’a boudé pendant une semaine…
Parce qu’on a vu son
dos à l’écran !».
MB : Ce film s’adresse à un grand
public ?
VG : «Ce sont des gens
“Comme les autres”, qui parlent
facilement de leur vie. Je
ne pouvais que m’en réjouir.
Lorsqu’il y a un désir d’enfant,
c’est un désir d’enfant
réel. J’ai donc eu un travail
de fond pendant 10 ans sur
des documentaires. La façon
de traiter le sujet par la comédie,
afin de toucher aussi
un public large et ainsi faire
évoluer les mentalités. Nous
sommes déjà témoins de cela
autour de nous. Le regard, les
mentalités ont déjà changé.
Tout comme j’ai voulu un
film d’amour sur une famille
possible “Comme les autres”.
Nous pouvons rencontrer
des familles monoparentales
heureuses. Le bonheur n’est
pas réservé uniquement aux
familles supposées traditionnelles».
MB : Nous comprenons le titre
du film, vous dites souvent : “Comme les autres”
VG (dans un sourire): Cela
me paraît une évidence.
MB : Dans l’ensemble, cela reste
un sujet délicat ...
VG : «J’étais séduit par le
sujet que je souhaitais porter à l’écran, dans le développement
du scénario, l’allocution
du film. Lorsqu’on monte un
film, il y a une petite pression à prendre des Acteurs
connus, ceux qui sont connus
sont parfois bons».
LW : “Parfois !”
MB : Avez-vous accepté rapidement
de jouer dans ce premier
film ?
LW : Je n’ai jamais réfléchi
sur la notion du premier film.
Qu’un Metteur en Scène soit
de renom sur des films ou pas
encore ; Pourvu que le rôle
soit bon. Pour moi, c’est existentiel.
Pour mon rôle, j’ai dû
me rendre dans un Cabinet de
Pédiatre durant une journée.
A savoir comment tenir un
bébé, comment l’ausculter.
C’est là aussi, que j’ai compris
que certaines familles
venaient raconter leurs vies.
A travers l’enfant, le Pédiatre
soigne la famille entière.
MB : C’est un rôle totalement différent
de vos autres jeux d’Acteur.
Avez-vous facilement
accepté ce rôle ?
LW : «Il s’agit d’un rôle assez
riche dans le personnage. Il est
aussi bien dans le comique que
dans le drame. Il est maladroit
aussi. Il a des défauts. Le tout
dans une histoire bien encrée
dans une réalité en France en
2008. Ce n’est pas seulement
une fonction de l’imaginaire».
MB : Connaissez-vous les réactions
du public ?
LW : «Les gens qui sont
choqués ne prennent pas
position. Ceux qui sont contre
n’ont pas le courage de leurs
opinons, ou alors, ils ne vont
pas voir le film. On n’a jamais
vu quelqu’un dire : “Je
suis contre pour telle ou telle
raison”. Une fois, j’ai vu une
femme totalement bouleversée
par le film».
MB : Il s’agit d’un film sur les sentiments
amoureux et de désir
d’enfant, plus qu’un film sur
l’homosexualité ?
LW : «Le sujet essentiel, celui
qui revient souvent, est ce
désir d’enfant. Cela devient
plus compliqué et s’exprime
différemment lorsque ce désir
vient seulement d’un homme
d’un couple d’homos.
La démarche
vient d’un homme, et
en plus, il est homo. Ce serait
plus facile d’un couple de
femmes homos.
Lorsqu’elles
veulent des enfants, elles ont
des moyens “plus faciles” d’y
arriver. Il y a quelque chose de “plus naturel”, lorsque ce désir
vient d’une femme, puisqu’une
femme peut mettre au monde
un enfant.
Dans le film, il y a
d’autres thèmes qui reviennent
souvent ; C’est celui de la famille.
Celui de la mère porteuse
sous contrat, ce qui complique
les situations pour un couple
d’hommes homos. C’est aussi
un film sur la famille au sens
large.
On peut connaître des
familles monoparentales où
les enfants sont heureux, des
familles de parents homos où
les enfants sont heureux».
MB : Les formalités administratives
d’adoption en France pour les
couples d’homosexuels sont
t-elles devenues flexibles ?
LW : «Il n’existe aucune tolérance.
Il y a une scène dans
le film qui a été vécue. Nous
avons rencontré un couple
homo hommes génial.
Leur
premier enfant était conçu
avec une lesbienne, leur
deuxième enfant était adopté.
Lorsque ils ont voulu un 3ième
enfant, les services administratifs
de la DASS viennent
rendre une visite de contrôle ;
Malgré la sympathie de cette
personne, qui savait déjà ces
deux enfants, heureux et sans
problème ; L’avis a été rendu
défavorable.
Ils n’ont pas pu
adopter un 3e enfant, qui lui
aussi, aurait trouvé son bonheur
dans cette famille».
MB : Il existe en fait deux histoires
d’amour parallèles, dont une
relation hétéro...
LW : «Oui, on montre dans le
film, une scène sexuelle non
choquante avec une fille. Cela
se passe tout naturellement.
On aurait pu faire en sorte que
cette scène n’existe pas, ou
bien que l’homme repousse la
femme pendant l’acte d’amour,
ou bien encore, qu’elle soit entre
deux hommes. Comme ce
n’est pas le sujet essentiel du
film ; Cette scène se passe et,
dès le lendemain, il va parler à
cette femme».
MB : La scène où le bébé supposé
malade est inconsolable. Comment
avez-vous fait pour faire
pleurer ce bébé, vous l’avez
pincé ?
VG : «“Non ! Il s’agit en réalité
de jumelles, puisqu’un bébé
doit être sur plateau de tournage
1 heure par jour seulement.
L’une était sage, l’autre
pleurait. Et quand l’autre se
mettait à pleurer, on la prenait
pour le tournage !».
MB : Bon, vous êtes pardonnés puisqu’on la voit dormir paisiblement
aussi ?
LW : «Pendant que nous déjeunions,
sa maman est allée
dormir auprès d’elle. Lorsque
nous sommes revenus, nous
nous sommes installés autour
du bébé sans la réveiller,
nous avons pu filmer la scène émouvante où Manu pleure
auprès d’elle».
Martina Bernardi - Juin 2008 |